• Réflexions sur la pédagogie de projet

    Nous sommes 3 enseignants de cycle 3: Paola Sanchez (@Paola__edu), Julien Crémoux (@julien_cremoux) et Zecalvin (@zecalvin).

    Nous avons eu envie d’écrire un article ensemble sur la pédagogie de projet pour raconter nos cheminements,  nos doutes, nos réussites et nos expériences de classe.

    Notre but est de donner envie à d’autres enseignants. De leur montrer que c’est possible tout en respectant le programme et  que cette pédagogie motive toute la classe.

    Partager, c’est donner un peu de soi alors votre bienveillance sera appréciée.

     

    La pédagogie de projet.



    La pédagogie de projet issue de la recherche de Dewey sur l’apprentissage des élèves en étant actif est par définition socioconstructiviste. C’est un processus dont les modalités sont variables -court ou long, individuel ou en groupe- qui amène les élèves à développer des compétences souvent transdisciplinaires, à concevoir et réaliser une action finale qui a pour but d’être communiquée (réalisation plastique, écrite, affiche, …).

     

    Ainsi, l’élève se trouve engagé dans des apprentissages avec un but final mais en étant aussi associé aux différentes étapes de conception (collaboration, coopération, évolutions…). L’élève devient acteur de ses apprentissages, favorisant l’accès au sens des apprentissages qui sont envisagés. 

     

    L’avis de Julien

    Le fait d’avoir un but final dans ce type de projets assure aussi dans la classe un système de responsabilité où chacun sait (enseignant et élèves) que ce qui sera produit le sera pour être partagé. Cela motive beaucoup et la présence du cadre permet aussi de ne pas se disperser et de cibler ce qui est important ou non. De fait, la collaboration est un axe majeur de ce type de pédagogie mais il faut néanmoins penser dès le départ aux différents objectifs pédagogiques que l’on veut mettre en place pour développer les compétences des élèves. Comme Paola, l’écrit et l’oral sont des piliers mais tout se fait au services d’autres découvertes disciplinaires, d’échanges et de productions, rendant concret pour les élèves tout ce qui aura été réalisé. 

     

    La pédagogie de projet est donc caractérisée par trois éléments : une production collective, une date limite et le partage du travail effectuée au terme de l’échéance.

     

    L’intérêt de la pédagogie de projet

     

    Ce type d’enseignement présente plusieurs points intéressants pour les enseignants qui choisissent cette voie. 

     

    L’avantage indéniable de cette pratique est le décloisonnement des disciplines. Les élèves transfèrent naturellement leurs compétences pour faire avancer un projet personnel ou collectif. 

     

    Ce transfert a un autre impact fort sur la motivation. Les élèves ne travaillent pas simplement pour préparer une évaluation, mais travaillent avec enthousiasme pour pouvoir enfin présenter leur réalisation aboutie. La pédagogie de projet joue également un rôle non négligeable chez les enseignants qui y voient volontiers une façon de briser la routine de leurs cours et renouveler régulièrement leur travail en proposant un enseignement au plus proche des besoins de leur classe.

     

    L’avis de Paola

    En ce qui me concerne, la pédagogie de projet est ce qui me motive, ce qui me porte, ce qui me fait aimer mon métier chaque année sans jamais me lasser.

    La pédagogie de projet me permet de créer des séquences pédagogiques pour mes élèves, d’exprimer ma créativité et de réfléchir à la pédagogie de mes séquences avec plaisir, envie et enthousiasme.


    Je suis intimement convaincue que si l’enseignant se fait plaisir à prévoir ses séances cela se ressent et que c’est source de motivation pour les élèves aussi.  La pédagogie de projet soude le groupe de manière positive.


    Je sais aussi que grâce à la pédagogie de projet, je stimule la créativité des mes élèves. Ils doivent inventer, imaginer et concevoir un produit final original. 

    Et permet de développer les compétences du 21ème siècle ( créativité, esprit critique, coopération et communication). Des compétences indispensables pour mieux s’intégrer dans la société et le monde du travail de demain.

    Réflexions sur la pédagogie de projet




    L’avis de Zecalvin

    La pédagogie de projet est une des grandes forces de l’enseignement au premier degré. La liberté pédagogique laissée à l’enseignant permet de décloisonner l’enseignement et de faire du lien entre toutes les compétences acquises indépendamment par les élèves. Mettre son savoir et ses capacités au service d’une réalisation collective donne du sens aux apprentissages : l’élève n’apprend pas simplement parce qu’il n’a pas le choix, mais parce qu’il a cet objectif à atteindre. 


    Bien sûr, tous les élèves ne s’investissent pas au même niveau ou avec le même enthousiasme, mais la fierté est perceptible chez tous quand ils expliquent à leurs parents : « Cette partie, c’est moi qui l’ai faite. ». Je pense que ce sentiment d’accomplissement apporte énormément pour l’estime de soi des élèves et a un effet bénéfique sensible sur la suite de leur scolarité.

     

    Même si ce n’est pas une règle, la pédagogie de projet demande souvent aux élèves une réalisation collective. Cela permet de développer la coopération entre élèves et leur laisse plus de liberté créative pour parvenir à leur objectif. 



    L’avis de Zecalvin

    Lors de la réalisation de Bushido, , il est vite devenu évident qu’en travaillant tous ensemble sur chaque plan, nous n’arriverions pas à finir le film dans les temps (nous devions le présenter dans une salle de cinéma). Après discussion en conseil, les élèves ont décidé de se répartir les tâches comme sur un vrai tournage de cinéma. Certains s’occupaient de monter les décors en Lego, d’autres se chargeaient d’animer les personnages en stop motion. Un autre groupe était chargé de faire les enregistrements des voix pendant qu’un dernier s’occupait du montage en récupérant le travail des autres groupes. 

     

    La conception d’un projet

     

    Comme mentionné plus haut, l’enseignant conçoit souvent son projet pour sa classe, en fonction des besoins qu’il identifie, du contexte, mais aussi de sa propre culture et sa sensibilité. C’est pour cette raison qu’il est souvent difficile de se lancer dans un premier projet. Tant de paramètres rentrent en compte qu’il faut bien définir des priorités. Nous vous proposons ici quelques exemples tirés de notre propre expérience.

     

    L’approche créative

     

    L’approche de Paola

    Mon point de départ est toujours une idée qui va développer à minima les compétences à l'oral et à l’écrit de mes élèves. Quand j’ai un idée de projet, je pense tout de suite à ce que mes élèves vont produire à l’oral et à l’écrit. Evidemment, d'autres compétences (en mathématiques, en Sciences, en Histoire…) peuvent être travaillées, c’est inclusif.


    Mon idée de départ peut venir d’une lecture, d’un film, d’un tweet, d’une image, de quelque chose que j’ai vu dans la rue, je ne m’interdis rien. Souvent tout commence avec “Et si je faisais...avec mes élèves”

    Par exemple, l’été dernier j’avais vu un petit bateau à aube en bois dans un petit ruisseau dans un parc d’attraction...Alors je me suis dit “Et si je faisais construire un bateau à mes élèves”. Voilà le point de départ du projet bateau expliqué ci-dessous.


    Je commence par une envie et je la transforme en un projet pédagogique pluridisciplinaire et riche pour mes élèves.

     

    L’approche collective

     

    L’approche de Julien

    Mes premiers pas dans une pédagogie de projet se sont faits dans un cadre rassurant qui formalisait dès le départ des éléments essentiels de ce type de pratique :

    • l’accompagnement par des experts (des chercheurs dans le cadre des savanturiers ou une médiatrice du musée pour la Classe , l’Oeuvre)
    • un jalonnement des étapes du projet (avec notamment des propositions ou idées pour la réflexion sur la création finale)
    • une ouverture sur autre chose que l’école et des échanges très riches avec des personnes passionnantes qui ont pu me permettre de cheminer sereinement dans ces pratiques tout en me donnant une totale liberté pédagogique et une envie d’aller autre part par la suite.

    Ainsi,depuis plusieurs années, j’ai pu me lancer dans des projets sur l’année comme Minecity qui s’appuyait sur une démarche Savanturiers de la recherche mais aussi sur des projets en partenariat avec notre musée local dans le cadre de “La classe, l’oeuvre”.

     

    L’approche par compétences

     

    L’approche de Zecalvin

    Lors du choix du projet, je cible quelques compétences-clé que je souhaite faire découvrir ou réinvestir à mes élèves. Elles seront centrales et communes à tous les élèves de la classe. Pour le projet Bushido, l’idée de départ était de faire découvrir la culture japonaise à mes élèves par des lectures documentaires et d’albums. Mais nous avions un second projet de participer au festival du film « Court-ci, cours-ça » ou nous devions produire un court métrage sur le thème de l’histoire. Au fil de nos lectures, nous avons choisi d’adapter un album en film avec tous les codes que nous voulions respecter (donner un air d’animé japonais, respect de certains éléments historiques et culturels du Japon, mais aussi les codes du cinéma classique avec la règle des 180 degrés ou quelques-uns des 12 principes de l’animation pour nous permettre de rendre le film agréable à suivre)

    La conception et l’écriture ainsi que le storyboard se sont faits en groupe, ainsi qu’un retour régulier sur ce qui avait été déjà tourné et monté. Par contre, la réalisation des décors, le tournage, l’enregistrement, le montage… ont été confiés à des groupes différents. Cela m’a largement aidé à organiser la réalisation du projet puisque mes compétences-clé en langage étaient systématiquement traitées en classe entière alors que les autres étaient confiées à un groupe d’élèves...

     

    Les difficultés

    Lorsqu’un enseignant se lance dans son premier projet, la première difficulté est de définir le cheminement qu’il doit suivre. Déterminer les étapes de conception et de réalisation nécessite un certain recul. Même si l’objectif de départ est clairement défini, il requiert souvent une multitude de petites étapes qu’il est difficile d’anticiper et qui se révèleront au fur et à mesure de l’avancée du projet. 

    C’est pour cette raison qu’il est facile de se laisser porter par une idée enthousiasmante et de se lancer dans une activité chronophage. L’enseignant doit donc veiller à maintenir le cap et gérer le temps qu’il alloue à ce travail dans ses séances, notamment au second degré où il a moins de liberté dans son emploi du temps.



    L’avis de Julien

    Mener un projet avec ses élèves requiert un changement de posture. Il n’est plus le détenteur du savoir et celui qui organise les apprentissages mais plutôt un expert-tuteur qui guide, ajuste, organise en fonction des choix du groupe entier et donc les problématiques de l’autonomie des élèves, de la responsabilité partagée et le fait d’adapter les supports au fil du temps et des décisions.



    L’avis de Paola

    En tant qu’enseignant, notre plus grand ennemi est le temps.

    Le temps est aussi le plus grand ennemi de la pédagogie de projet. Les enseignants pensent que s’ils font des projets ils ne finiront pas le programme.

    Il faut se libérer de ce poids, de cette conception erronée.

    Nous gérons le temps dans nos classes et nous pouvons prendre des décisions qui libèrent du temps. 

    Sur la journée, essayez de dire à vos élèves quand ils commencent à travailler dans 30 minutes on s’arrête et on passe à autre chose. Ils s’habituent vite et cela libère du temps pour des projets.

     

    Quelques exemples

    Les projets mis en oeuvre dans cette démarche peuvent prendre des formes variées :

     

    • 1 classe / plusieurs classes
    • année / période ou temps court
    • guidage fort de l’enseignant / guidage faible de l’enseignant

    Chaque enseignant est libre de s’organiser comme il le juge approprié pour mener à bien son projet dans la limite des contraintes qui l’accompagnent (date butoire, budget, accès au matériel…)

     

    L’avis de Paola

    Il ne faut pas croire que les projets sont forcément tous longs et doivent durer toute l’année. 

    Certains projets peuvent durer 6 mois d’autres peuvent durer 3 semaines.

    Il n’y a pas de règle. En ce qui me concerne, mon année scolaire est rythmée par différents projets plus ou moins longs et qui concernent uniquement ma classe ou 2 classes.

    Pour exemple pour l’année scolaire 2019/2020

    • Projet sketchnote / se présenter (ma classe) - 3 semaines
    • Projet du 11 novembre (les 2 classes de CM2) - 6 semaines
    • Projet maison de retraite (ma classe) - 4 semaines
    • Projet CM2A / GSB - rencontres 1 fois par mois - 6 mois
    • Projet Bateau - 6 mois (interrompu pour cause de confinement)
    • Projet expressions bilingues (les 2 classes de CM2) - 3 semaines

    Par contre ce qui est commun à chaque projet, c’est la date limite. Quand on commence, les enfants connaissent la date butoir et la classe s’organise en fonction de cette date. Il faut être flexible sur la gestion du temps dont la classe a besoin pour réaliser le projet mais intransigeant sur la date limite qui ne peut pas être repoussée ou décalée.

     

    Projet Bateau - Paola (cliquer sur l’image)

    Réflexions sur la pédagogie de projet



    Le projet Bushido - ZeCalvin (cliquer sur le lien)

    https://labocalvin.wordpress.com/2020/10/06/bushido/ 

     

                         Le projet Minestory - Julien Crémoux

    http://minetest.wp.ac-dijon.fr/minestory-frise-immersive-de-sites-du-patrimoine-architectural/



    Conclusion

    La pédagogie est une pratique riche et variée. La diversité des objectifs et des démarches permettent à chacun de trouver une approche qui lui correspond, à condition d’éviter certains écueils. 

    Malgré tout, il existe des points récurrents comme de nombreux moments de communications à l’oral ou à l’écrit avec et entre les élèves, et une forte mobilisation de la responsabilité et l’autonomie (domaines 2 et 3 du socle commun des compétences).

     

    Nous espérons vous que nos témoignages vous seront utiles et qu’ils vous donneront envie de vous lancer dans cette magnifique aventure.




    Liens:

     

    Compétences du 21ème siècle

    http://rire.ctreq.qc.ca/2020/03/les-competences-du-21e-siecle-dt/

     

    Différence entre projet et pédagogie de projet (Article en anglais)

    https://k12.thoughtfullearning.com/FAQ/how-are-projects-and-project-based-learning-different

     

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  • Commentaires

    1
    Nannemiel
    Mercredi 7 Octobre à 15:40

    Merci pour cet article qui donne envie ...

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