Quand j'ai choisi de me lancer dans une pédagogie inversée en début d'année scolaire, ma volonté était d'éviter d'être systématiquement dans une posture magistrale, de gagner du temps sur l'explication du contenu de la leçon par une vidéo, de proposer des vrais activités de recherche par groupe et aussi d'avoir la possibilité d'organiser mes groupes sur une leçon en fonction des besoins. J'en profite aussi à chaque fois pour tenir un atelier qui permet de reformuler le contenu, de tester la compréhension des élèves par des exemples et d'adapter mon discours au niveau de maitrise de chaque groupe.
J'en fais un bilan grandement positif même si cela me semblait au départ un immense saut dans l'inconnu. Je trouve que le fonctionnement de ma classe est aussi grandement impacté par la volonté d'axer l'organisation quotidienne ou des activités sur la Coopération. Ainsi, je suis toujours étonné de me rendre compte comment les élèves se déplacent naturellement en classe pour aider d'autres camarades en difficulté passagère. Ce système d'entraide et parfois de tutorat permet que des élèves passés à côté d'une consigne ou d'une règle puissent quand même réussir une activité avec l'explication d'un autre. Je me rends aussi compte que l'entraide prend de plus en plus la forme d'une explicitation plutôt que du don d'une solution en faisant un exemple.
Et puis, comme cela arrive entre collègues (et même avec des stagiaires) , il nous arrive régulièrement de parler de l'équivalent du Loch Ness dans l'éducation (i.e. tout le monde sait de quoi il s'agit mais personne ne l'a jamais vu vraiment) : LA DIFFERENCIATION pédagogique.
Comme tous les enseignants, on m'en en parlé à l'IUFM/ESPE, des maitres-formateurs ont insisté sur cette pratique alors même qu'il ne nous en présentaient pas, des livres par dizaines parlent de ce sujet mais à mon sens ne donnent pas d'outils concrets pour s'y mettre (je suis preneur de références si qq'un en a), nos IEN et conseillers péda nous vantent le modèle à chaque réforme en veillant à prendre 10 minutes pour distinguer différenciation et individualisation, ....mais cela ne me parle toujours pas plus voire je trouve le concept de plus en plus flou (un peu comme la photo de Nessie).
Au fil de nos discussions entre collègues, on se dit qu'on a tous essayé un truc pour différencier en classe mais que comme les autres, on a laissé tomber ( pris par le temps, le quotidien de la classe, des projets et puis le peu d'impact perçu de ces essais).
Et puis, dernièrement, j'ai pris de recul sur ce que je fais et je me suis dit que l'air de rien, avec mon organisation, j'avais certaines pratiques qui me "semblaient" être de la différenciation pédagogique réelle et efficace (bon là, je mets des guillemets et je marche sur des oeufs parce que je ne suis ni maitre-formateur, ni conseiller péda, ni IEN et que j'ai pas réussi à aller au bout d'un livre de Ph Meirieu sur le sujet)
Différenciation en début de leçon
Lors du travail d'ateliers sur une nouvelle leçon, je travaille avec tous les élèves en groupes de 3 à 5. Ces groupes sont faits en amont en fonction des réponses au formulaire en ligne rempli à la maison. J'ai choisi au préalable dans ce questionnaire de faire figurer 3 à 4 questions organisées comme suit :
1. simple rappel ou compréhension de base de la notion
2,3 . questions sur des points précis de la leçon sans difficulté importante
4. question plus complexe qui correspond généralement aux erreurs récurrentes
Ainsi, face à chaque groupe que j'ai pendant 5 à 10 minutes, je ne dis pas et n'insiste pas sur les mêmes choses en fonction des erreurs commises en amont. Cela me permet de détailler certains points qui sont peu clairs et d'en travailler d'autres plus rapidement.
Lors d'un travail de mise en commun avant de passer à la trace écrite, nous faisons en grand groupe un recensement des éléments importants et des pièges auxquels il faut faire attention.
Différenciation en aval d'une notion
Durant le travail de la semaine (sur le Plan de Travail), je suis disponible pour aider ceux qui en ont besoin et cela me permet d'expliquer autrement, de faire avec eux mais aussi de proposer à certains qui ont profité de mon aide de la transmettre à d'autres. Cela arrive régulièrement quand face à certains exercices, des élèves se sentent bloqués et ne voient pas comment réussir.
En outre, le moment le plus important est le temps ritualisé que je prends chaque lundi avec tous les élèves pour faire le point sur leur travail de la semaine précédente. J'utilise les annotations du plan pour les féliciter de les réussites et revenir sur les difficultés en proposant généralement de faire un travail particulier avec un des outils du fond de classe.
Différenciation grâce aux outils de la classe
L'organisation de la classe avec des ordinateurs en fond de classe, les entrainements aux ceintures et quelques ateliers de manipulation (ce sera mon prochain projet...) font que je ne cherche pas longtemps ce que je peux leur proposer pour leur faire comprendre une notion.
Mon bilan est que c'est :
- simple pour la mise en place du fait de la ritualisation de moments dédiés à des pratiques différenciées
- basé plutôt sur mes capacités à m'adapter aux élèves en fonction de leurs besoins que sur une préparation en amont importante
- mis en place en m'appuyant sur des outils de ma classe à disposition (entrainements des ceintures, exercices en ligne, ateliers de manip.)
- conçu sur ce que je sais, observe ou comprends des erreurs/tâtonnements des élèves qui vont leur permettre de passer outre cette nouvelle connaissance qui parait complexe au premier abord.
Les limites et perspectives :
- une limite fondamentale de ce système est le fait que certains élèves arrivent face à un exercice sans connaissance (participation limitée en ateliers, investissement très limité dans les activités d'explicitation et d'institutionnalisation et apprentissage inexistant). Il faut dès lors reprendre beaucoup de temps mais le fait de se mettre à disposition de ceux qui en ont besoin permet quand même qu'une acquisition ait lieu
- en terme de matériel à disposition pour la remédiation, il faut un peu comme pour les ceintures y avoir réfléchi bien avant pour pouvoir répondre aux situations qui se posent en donnant un outil adapté
- le système est preneur de temps et en laisse moins au quotidien avec un fonctionnement en double niveau.
- comme d'autres le font avec leurs plans, je réfléchis à proposer les corrections des exercices de la semaine que les élèves pourraient aussi faire avant de me rendre leur cahier. Cela me permettrait de voir avant la fin du travail de la semaine ceux qui ont pu passer à côté du travail (pour des causes différentes : consignes, compréhension, utilisation de la leçon, vérification, démarche mise en oeuvre...)
- je pense qu'il faudrait proposer un ou 2 ateliers de manipulation dans la semaine dans le plan de travail (exercice auto correctif de manipulation ...)
- je voudrais associer ce travail aux cartes mentales pour que chacun puisse s'approprier les contenus en formalisant les points ou étapes importants pour dépasser les limites de la leçon écrite
Pour aller plus loin :
Une vidéo d'une conférence de Sylvain Connac sur le sujet. Il y parle de différenciation (morte selon lui) et de sa suite le couple individualisation/personnalisation (la partie sur ce sujet commence à la 50è minute)
Merci à Azraelle (et à son collègue) pour la découverte .